Marien,
Aujourd’hui, tu n’es plus pour nous avoir quitté, le 21 mai 2026 à 19h20, un jeudi identique à tous les jeudis.
Pourtant, ce jeudi-là restera dans nos mémoires pour maintenir ce lien que j’ai eu avec toi, toi MARIEN.
Marien que l’on prononce comme on saluerait un héros, un être de légende, un colosse dépassant de plusieurs têtes, tous les originaires des Combrailles.
On s’aperçoit souvent trop tard que l’on a aimé des personnes sans vraiment les connaitre. Me concernant, ce fut le cas.

Je t’ai aimé sans comprendre exactement qui tu étais et sans pouvoir mesurer les sentiments qui me rattachaient à toi. Je t’ai aimé sans savoir grand-chose de ta personne, je t’ai aimé en travaillant à tes côtés et quelle expérience, quelle invraisemblance.
Rares sont les collègues qui m’ont exaspérés de la sorte, et plus rares encore ceux qui m’ont touchés, émus et fait rire aux larmes.
Mais qui étais-tu Marien pour m’avoir imprégné de ta personnalité à ce point, alors que tout était fait pour que jamais nous nous rencontrions, et qu’au grand jamais, nous puissions fonctionner ensemble.
La raison en est que tu avais une forme rare de flexibilité mêlée à tous tes préjugés donnant un mélange indigeste mais étrangement acceptable. Ta vision du monde était tellement surprenante, que je n’avais pas le choix ,si ce n’est de soulever la couverture et d’observer un être atypique sans portes, ni fenêtres.
Tu m’as agacé au-delà du soutenable et tu m’as bouleversé au-delà du raisonnable.
D’un collègue, tu es devenu un frère de cœur avec une générosité et une présence, qui aujourd’hui, me fait cruellement défaut… Tu me manques terriblement.
Tu n’aimais pas le changement, les idées nouvelles, les bouleversements de tes habitudes, et, lorsque je te proposais ce type de modification de trajectoire, tu me disais toujours :
– « André, tu fais une grosse connerie. »
Ce fût sûrement le cas, mais après avoir formulé ton slogan, tu faisais tout pour intégrer cette grosse connerie.
Tu étais là, telle une figure de proue avec ce visage en couteau placé derrière ce nez proéminent et pointu qui te confondait avec ton arrière-grand-père, joueur de musette Béchonnet, instrument que tu pratiquera en souvenir de cette parenté artistique.
Marien, tu étais un être rare et, oh combien original, et c’est de cela dont je souhaite me souvenir, toi, souriant, enjoué, toujours prêt à mettre de l’huile dans les rouages.
Tu as été courageux pour réussir à t’extraire de ton milieu et parvenir à atteindre la reconnaissance des meilleurs musiciens de ta région et de ton époque.
Aujourd’hui, je me dois de te remercier pour ce que tu fus, un être charmant, curieux des autres et de la vie que tu as dévorée à ta convenance.
Du bucheronnage à la boxe, de représentant de commerce à la cornemuse, de la musique au monde associatif rattaché aux patrimoine immatériel, tu as laissé cette trace indélébile d’un homme joyeux qui s’est accroché à mes sentiments pour y rester inclus pour toujours.
Tu fus une étoile filante, un passant de l’étrange qui m’a touché au cœur alors que mon esprit voulait te botter les fesses.
Merci pour ce que tu fus et ce que tu nous as offert de légèreté, de gentillesse, de générosité, de présence et d’affection véritable.
La maladie qui t’a terrassée fut une saloperie sans nom qui jamais aurait due s’attaquer à notre MARIEN national.
Tout au long de ces mois de torture, tu as fait preuve d’un courage et d’un optimisme exemplaire.
Ta lucidité et ta force vitale auraient dû faire de toi un centenaire qui aurait dû nous quitter un jeudi du mois de janvier 2055, à 19h20.
André Ricros